Travailler beaucoup, enfanter parfois, crever toujours
« Pour qui se donne la peine d'observer l'histoire de la négrophobie à travers le regard des intellectuels et des activistes afrodescendants qui l'ont étudiée et combattue, un tout autre tableau se dessine. La déshumanisation des Noirs cesse d'apparaître comme un phénomène générique et se présente comme une singularité. Les navires négriers et les plantations du Nouveau Monde furent des laboratoires de la discipline et de l'exploitation capitalistes. Ils se sont bâtis pour accompagner un déplacement de populations sans précédent : des lieux comme les Antilles, le sud des actuels États-Unis, le Brésil ont été repeuplés de captifs noirs qui n'étaient pas conduits là pour fonder sociétés et civilisations, mais pour travailler beaucoup, enfanter parfois, crever toujours. La colonisation du continent africain l'a balafré de frontières hasardeuses, a imposé une économie dévouée au monde blanc et une dévalorisation intégrale de la vie noire. La mutilation, la réécriture et la confiscation de l'histoire, des œuvres d'art, des sciences et des savoirs africains demeurent sans précédent. Aujourd'hui, aux États-Unis, en Grande-Bretagne, en France, au Canada, les Noirs sont largement surreprésentés dans les prisons. »
—Norman Ajari, Le manifeste afro-décolonial, pp. 19-20