Habiter la mort

« L'omniprésence de la mort, l'habitude des deuils, la dévalorisation de la vie noire, l'exposition à l'aliénation, à l'expropriation et au génocide lui donnent une signification particulière. Il s'agit moins d'une forme-de-vie que d'une forme-de-mort. Non pas un refus de la mort, une absolue volonté de survie, mais une capacité à habiter la mort. Vivants parmi les morts ; morts parmi les vivants. L'une des raisons de la ténacité des populations noires partout où elles ont eu à subir des violences démesurées tient à leurs propres traditions de pensée. S'ils étaient déshumanisés, abandonnés à un flou entre la mort et la vie, leur dignité résidait dans des imaginaires, des ontologies, des visions de la mort et de la vie qui les rendaient aptes à faire face à ces catastrophes. »

— Norman Ajari, Le manifeste afro-décolonial, p. 57