Disparaître, tsé

Y'a de quoi qu'on a perdu. On sait pu comment disparaître. Pas juste laisser faire les réseaux. Pas juste se cacher dans ses stories close friends. Je parle de disparaître pour vrai. À l'ancienne.

Pas pour fuir. Pour respirer. Pour protéger quelque chose de précieux. Pour guérir là où personne nous regarde.

Parce que nous, on a toujours dû savoir comment disparaître. Comment pas trop se faire voir. Comment être là sans être là. Même quand on nous l'a jamais montré, on le sent pareil. Comme une habitude qu'on n'a pas apprise, mais qu'on porte quand même.

Aujourd'hui, on nous demande d'être partout. D'être pédagogiques, inspirants, brandés, disponibles. Pis on sait ce que ça fait, être trop visible. Le regard qui fixe là où ça fait mal. Les mains qui prennent sans demander. Le corps qu'on nomme avant qu'on ait le temps de le protéger.

Moi j'veux être une légende de coin de rue. Une chanson qu'on connaît mais qu'on trouve pu. Un billet froissé dans une poche qu'on ouvre des années plus tard. Un “je pense qu'iel organise quelque chose…” Une odeur familière dans un corridor. Un regard complice qui dure juste ce qu'il faut. Une vibe qu'on peut pas documenter, un nom dans une bibliothèque qu'on chuchote plutôt qu'on partage.

J'veux pas que ma joie devienne un reel. J'veux pas que ma peine soit un post liké. J'veux que mes transformations aient lieu dans le creux des bras de mon monde, pas dans l'œil de ceux qui consomment.

Disparaître, tsé. Une tactique floue, une danse de brume. Une manière de survivre, de se préserver, de se retrouver. Un savoir qu'on porte malgré les silences, transmis sans manuel, mais gravé quelque part en nous.

Pis si un jour tu me recroises, sache que j'ai pas disparu pour rien. Que j'ai guéri loin du regard.

Cherche-moi pas trop fort.